Au moment où le monde s’effondre sous le regard impuissant de la puissance scientifique et technologique mondiale, l’Afrique, à l’instar des autres pays du monde s’attelle à trouver des moyens adéquats pour faire face à la pandémie du Convid-19 qui ravage le monde. 

Si les puissances industrielles réussissent, relativement, à faire face aux urgences sanitaires, économiques, politiques et sociales, le continent africain se trouve mis à rude épreuve par l’apparition soudaine des nouveaux cas et la contagion rapide de ses populations. Les politiques publiques plutôt adaptées à l’évolution démographique et aux exigences sociales dans certains pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique ont facilité la prise de mesures relativement efficaces pour atténuer la propagation du virus. Qu’en est-il de l’Afrique ?

Il est intéressant de questionner la qualité des politiques publiques mises en œuvre durant les décennies précédentes dans les domaines de la santé, du développement économique et social. Ceci permet d’avoir un regard plus objectif sur l’efficacité des mesures prises dans les pays africains notamment en Guinée, au Mali, au Burkina, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, etc…

L’Afrique avant le Covid-19 : Un contexte de crise perpétuelle

Le Covid-19 arrive en Afrique dans un contexte de crises sociopolitique et économique chroniques. Pendant que le Mali fait face à l’invasion du terrorisme, la Guinée, le Togo, le Benin, pour ne citer que ceux-là, sont en proie à de fortes crises politiques avec des manifestations populaires violemment réprimées.

Globalement, depuis les indépendances, le continent n’arrive pas à relever les défis de développement et à assurer une stabilité économique et politique réelle alors que l’explosion démographique évolue constamment. L’AFD parle de 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050. Or, jusque là aucune infrastructure n’est adaptée et les prévisions internes sont irréalistes et même largement déconnectées des réalités. Certains pays n’ont pas plus de deux grands hôpitaux pour des populations qui dépassent les 12 millions d’habitants. Les qualifications professionnelles sont largement au dessous des attentes. Les différents corps socioprofessionnels sont constamment en grève du fait du mauvais traitement qui leur est réservé. Le secteur économique, au-delà des activités minières, est dominé par les importations massives et détenu en grande partie par des acteurs informels et concentré dans quelques rares grandes villes qui ne dépassent pas 2 ou 3 par pays. C’est aussi en Afrique qu’on rencontre la plus grande population rurale et un taux de chômage qui atteint les 27% dans certains pays comme l’Afrique du Sud.

La rareté des produits de première nécessité et l’absence des services sociaux de base ont rendu les populations plus agressives vis-à-vis des politiques qui, eux, ont réussi à mettre à la mode ‘’la présidence à vie’’. Tout ce cocktail explosif reste de loin la situation qui a précédé l’arrivé du Covid-19 sur le continent.

Les limites du plan d’urgence africain

Voyant le confinement définir la mode en occident, les africains se sont aussitôt empressés à reproduire les mêmes méthodes dans leurs pays sans prendre en compte la particularité de leurs Etats et de leurs populations.

Globalement, tous les pays ont mis en place des couvre-feux et pris des mesures d’accompagnement économiques en suspendant les factures d’électricité (Guinée, Côte d’Ivoire, Sénégal, Togo, Mauritanie, etc…) et en distribuant à une partie de la population des denrées alimentaires. Certains ont demandé la suspension du paiement des loyers, accordé une baisse insignifiante des produits pétroliers (Guinée…) et l’assistance aux entreprises. Malgré la similitude des mesures prises, des sommes colossales qui se chiffrent à des centaines de milliers d’euros ont été annoncés. Mais qu’en est-il concrètement ?

Pour une population de 1,3 milliards d’habitants, tous les acteurs s’accordent qu’une grande partie de cette population exercent une activité sans contrat ni protection sociale et une autre partie vit dans le monde rural sans activité. La population contenue dans les grands centres urbains est composée de chômeurs, de marchands ou de travailleurs extrêmement précaires. Les Etats ne disposent ni de parcs HLM pour loger les travailleurs de la fonction publique, encore moins pour les autres catégories socioprofessionnelles. Les fournitures d’eau et d’électricité sont soit mal assurées ou sinon, les factures mal payées, puisque généralement les agents de recouvrement s’arrangent avec les clients dans la plus part des pays.

Face à cette situation, la suspension des paiements des factures n’aura aucun impact sur le quotidien des populations. D’ailleurs dans certains pays, depuis l’annonce de cette mesure, l’électricité se fait de plus en plus rare. Les gestes proposés aux ménages modestes sont insignifiants puisqu’on ne sait pas quels sont ces ménages dits modestes. D’ailleurs, c’est toutes les populations africaines qui sont dans cette catégorie. Pourtant en annonçant ces mesures, Faure Gnassingbé dira à ses concitoyens : « Aucun Togolais ne sera laissé pour compte dans cette bataille que nous engageons ensemble ». Une somme de 400 milliards de francs CFA, soit 600 000 euros. Au Sénégal ce sont 69 milliards qui sont dédiés à l’achat de vivres pour soulager 1 millions de ménages. Or, il suffit de regarder les sommes proposées pour le plan d’urgence pour se rendre compte de l’efficacité limitée de ces mesures. Car, il faut considérer le nombre de personnes concernés, le budget à allouer par famille et le projeter sur deux mois minimum. Cela pose donc la question de la viabilité des statistiques sur lesquels devraient reposer toute prévision.

En outre, concernant la suspension du paiement des loyers, cette mesure est également fantaisiste dans la mesure où ce sont les particuliers qui louent aux particuliers. L’Etat n’a aucun contrôle sur les baux et il ne connait même pas les tarifs appliqués. La manne financière issue de ces locations est le seul revenu d’un grand nombre de familles. D’ailleurs, au Sénégal, le plan proposé divise à cause de l’absence de données fiables qui auraient permis une distribution équitable.

L’Afrique à l’ère de la contagion : Pronostic raté ou impact non avoué

Alors que les autres continents comptent leurs morts par milliers, le continent africain reste très loin dans les comptes. Il enregistre au 10 mai 2020 un total de 2 230 décès depuis le début de la pandémie contre 1 568 en seulement 24h aux USA. Pourtant, tous les experts avaient prédit une catastrophe africaine au regard de la défaillance du système sanitaire, de l’extrême pauvreté des populations et l’absence de compétences techniques et technologiques sur le continent.

Face à l’optimisme africain, il est nécessaire, voir même urgent, de se poser dès maintenant la question de la crédibilité des chiffres fournis, de la qualité des tests réalisés et de la prise en charge des personnes infectées. Entre les chiffres officiels et les cas déclarés çà et là, la différence est notoire et les conséquences risquent d’être dramatiques dans les semaines à venir.

Ousmane BALDE