Le 23 février 2021 le tribunal administratif de Montreuil a prononcé une ordonnance en référé liberté par laquelle il enjoint à la région Ile-de-France de sécuriser la circulation d’engins de chantier sur le trottoir et la chaussée de la rue Henri Wallon dans laquelle se trouve le lycée Feyder d’Epinay-sur-Seine. Depuis septembre 2020, des professeurs et de très nombreux élèves ont manqué de peu de se faire renverser.

Le chantier de rénovation sur site du lycée Feyder entraîne d’innombrables nuisances que les élèves et le personnel subissent depuis trois ans. Elles ont fait l’objet le 21 juin 2019 d’une tribune rédigée par un groupe d’élèves et publiée dans Le Monde :

« “Notre scolarité est donc censée se dérouler dans le brouhaha des travaux, dans le bruit continu des marteaux piqueurs et des perceuses, dans des salles trop petites pour tous nous accueillir, trop froides en hiver et trop chaudes en été, dans un établissement où il n’y a plus ni cour de récréation, ni aucun espace abrité où nous retrouver […], [en supportant] des coupures de courant et d’eau, l’entrée des salles inondée les jours de pluie, des mares à enjamber et, quand on ne trouve pas de planches pour les éviter, des journées entières passées avec les chaussures mouillées. Quant aux toilettes des 800 filles, il n’y en a que deux qui ont de la lumière. C’est mieux que rien : au début de l’année, aucun WC ne fonctionnait ! En cas de nécessité, nous avions été autorisés à rentrer chez nous. Obligés de supporter des conditions indignes, nous étions autorisés à y échapper mais au prix de cours manqués ! ” »

Absolument tout ce qui est évoqué dans cette tribune reste d’actualité y compris le manque de sanitaires pour les élèves, catastrophique en période de Covid. Mais les défaillances criantes dans le suivi du chantier ont récemment pris une tournure encore plus inquiétante : le 2 février 2021 la vitre de la porte neuve d’une partie tout juste livrée du lycée est tombée sur une élève (Le Parisien du 4 février 2021). Le danger était pourtant connu depuis le 18 janvier : sur cette porte empruntée chaque jour par de nombreux élèves, seules deux feuilles scotchées signalaient le danger. Les professeurs, soutenus financièrement par les parents d’élèves, ont décidé de saisir le tribunal administratif en référé liberté pour que des mesures soient prises de toute urgence a fin de sécuriser les abords du chantier. En effet, depuis septembre 2020, des pelleteuses et autres engins de chantier massifs circulent sur le trottoir et la chaussée dans la rue Henri Wallon où se trouve l’entrée du lycée, sans signalisation, fréquemment sans visibilité et le plus souvent sans ouvrier présent pour guider le conducteur et prévenir du danger. Il s’en est failli de peu qu’une professeure ne soit renversée et grièvement blessée dès le 16 octobre 2020, ce qu’elle a immédiatement signalé à la direction. Ni ce signalement, ni celui du 1er février 2021 (la voiture d’une professeure aurait été écrasée sous la nacelle d’un engin sans l’intervention d’un passant) n’ont été suivi d’effet. Des professeurs ont témoigné avoir failli être personnellement renversés, d’autres se sont déclarés témoins du fait qu’ils avaient souvent vu des élèves qui avaient manqué de peu de se faire renverser. Personne, au lycée, n’aurait été étonné d’apprendre qu’un élève avait perdu une jambe, voire la vie. La défense de la région a consisté à produire un plan de circulation des engins de chantier « aux normes ». La région a par ailleurs soutenu que parce qu’il n’y avait pas eu de mort, il n’y avait pas de danger, affirmation inouïe par l’absence complète d’humanité dont elle témoigne, d’une part, et par son absurdité confondante d’un point de vue logique, d’autre part.

Le 23 février 2021 le tribunal administratif de Montreuil a prononcé une ordonnance en référé liberté par laquelle il enjoint à la région Ile-de-France de sécuriser la circulation d’engins de chantier sur le trottoir et la chaussée de la rue dans laquelle se trouve le lycée Feyder d’Epinay-sur-Seine. Les parents d’élèves et les professeurs remercient chaleureusement Maître Jean-François Morant pour sa ténacité sur un dossier très difficile techniquement car sans précédent.

Les professeurs sont d’autant plus satisfaits de l’ordonnance du 23 février qu’elle leur fait entrevoir la possibilité de s’extraire d’une situation qui les soumet à un chantage insupportable : ou bien accepter de travailler dans des conditions indignes et dangereuses ou bien priver leurs élèves de leur droit à suivre une scolarité digne de ce nom. Alors que la région Ile-de-France annonce un plan de rénovation de plusieurs lycées de Seine Saint-Denis (Les Echos 8 février 2021) et que de très nombreux lycées de ce département construits dans les années 70 doivent être rénovés dans les années à venir, ils entendent dénoncer la conception calamiteuse et le suivi catastrophique du chantier de leur établissement pour que de telles situations ne soient plus possible en France.

Contact : lyceedigne.93800@gmail.com

Pour un suivi de la situation au jour le jour : https://twitter.com/LyceeEnChantier