120 battements par minute, c’est en moyenne la fréquence cardiaque d’un individu en plein effort physique. Mais c’est aussi le titre du nouveau film de Robin Campillo, Palme d’or à Cannes, sorti dans les salles il y a 3 semaines; Chronique d’une course effrénée pour la vie, dans une société ou les gens meurent du sida dans la plus grande indifférence.

Nous sommes en France au début des années 1990, et cela fait près de 10 ans que le virus du sida se propage dans le monde entier. Sur le modèle d’une association new-yorkaise, « Act Up Paris » naît de cette pandémie, et s’active pour alerter les pouvoirs publics et trouver des solutions pour freiner cette hécatombe. Avec de nombreuses scènes tournées en huis-clos, le spectateur assiste dès le début aux réunions de l’association, réunissant malades, hétéro, homos, séronégatifs, parents de séropositifs. Tous avec ce même désir de s’exprimer, de dire les choses avec frénésie, mêlant débats et joutes verbales sur les actions à mener contre le non-dit.

Proche du documentaire, on entre alors dans les veines d’Act Up, on assiste à ses actions – notamment contre les labos pharmaceutiques dont les visées commerciales priment sur la santé de ces « oubliés » –  mais on suit aussi des parcours de vies, celles de certains militants atteints de la maladie, ou pas. Une génération qui a commencé sa vie d’adulte sans pouvoir profiter des acquis récents de la libération des mœurs, à cause de la hantise du sida, mais qui refusent de céder au désespoir, qui ne renonce pas à la « baise », et au plaisir de la vie.

Il y a Thibault, leader du mouvement, véritable orateur, bon communiquant qui se charge notamment de mettre en place des campagnes d’affichage; il y a Sean, séropositif comme lui, mais qui marche à contre-courant, de plus en plus fragilisé par la maladie. Nathan, « petit » nouveau dans l’association, épargné par le virus, tombe amoureux de Sean et entame une histoire avec lui. Ce triangle d’acteurs époustouflants se détache d’un groupe de personnages tous marquants et attachants, dont l’indomptable Adèle Haenel.

Sans jamais tomber dans le pathos, ce film nous rappelle, parfois avec une poésie esthétique indéniable – les scènes de danses en night club, où l’on voit les corps se dérouler dans un perpétuel mouvement sont grandioses, ainsi qu’une image mentale de la Seine rouge sang – cette insolence de vivre, malgré la maladie, malgré cette politique du dénigrement, ce tabou encore présent à cette époque de la contraception, et de l’homosexualité en général.