J’ai rencontré Céline, étudiante en droit à Strasbourg originaire de Toulouse qui est bénévole pour l’association Cimade, qui a gentiment accepté de nous parler de son expérience et de partager ses impressions. Crée en 1939 dans un contexte fort en tensions politiques, raciales et religieuses, La Cimade est une association qui milite pour les droits des immigrés.

 

Peux-tu nous parler de ton expérience en tant que bénévole à la Cimade ?

C’est une association pour réaliser le droit des sans-papiers, mais la Cimade de Strasbourg ne s’occupe pas des réfugiés. Ça c’est une autre association qui s’en occupe, nous c’est juste pour les visas, titres de séjours… J’y fais du bénévolat environ une fois par semaine, mais après c’est en fonction des disponibilités de chacun. Et ça consiste en donner des conseils juridiques aux personnes : ils nous disent j’suis arrivé y’a tant de temps, c’est ça ma situation… et nous à ce moment-là on leur dit quelle procédure faire, et on les aide à faire tous les papiers parce que c’est très difficile de s’y retrouver. Souvent ils ne parlent pas français, ils ont une situation compliquée, ils sont un peu désemparés donc nous on est là pour les diriger et leur dire ce qu’il faut faire. Après on ne fait pas les choses en leur nom, ils font leur propre procédure même si nous on est derrière, et après eux s’ils ont des problèmes avec la préfecture, si elle demande des papiers qu’elle a pas le droit de demander ou si elle leur donne une obligation de quitter le territoire alors qu’ils sont en pleine procédure et que c’est pas normal, nous après on est là pour les représenter et dire là y’a un problème et là on les soutient.

Cela fait combien de temps que tu fais ça ?

Depuis février cette année. J’ai connu cette asso parce que j’étais colocataire avec une Thaïlandaise qui avait beaucoup de problèmes et je me suis retrouvée empêtrée dans ce problème et donc j’allais à la Cimade avec elle pour l’aider, et du coup j’ai adoré cette asso et je la conseille à tout le monde ! J’ai même hébergé des étrangers, j’ai commencé à me mettre dans ce monde-là. Quand je suis arrivée à Strasbourg, j’ai connu Elodie qui est bénévole à Campus Vert avec moi, qui est la déléguée régionale de la Cimade. Du coup je lui ai dit que ça voulait longtemps que j’étais intéressée par cette association, et elle m’a fait rentrer.

Y’a t ‘il un profil type de personnes qui viennent vers vous ?

Non, juste des étrangers. Beaucoup viennent de Russie, du Kosovar, de Tchétchénie… de cette région-là. On rencontre aussi pas mal d’Africains et des gens d’Europe de l’Est. Les gens qu’on accueille à la Cimade, on sait très bien que la moitié a pas de logement, y’en a ils viennent avec toute leur maison dans un sac-à-dos, ils sont dans une situation hyper précaire. J’ai fait un stage dans une asso similaire en Equateur l’année. Et là-bas je m’inquiétais pas pour les gens parce que je savais que là-bas ils ont toujours un petit abris, ils sont toujours regroupés par communauté. Aussi les barrières entre les institutions elles étaient beaucoup moins importantes, je vois qu’avec la préfecture ici à Strasbourg ça ne se passe pas bien du tout. Alors qu’on est obligés de passer par la préfecture pour faire les procédures etc. Nous en Equateur pour faire les papiers des réfugiés tout ça y’avait pas une relation conflictuelle justement, on s’entraidait parce qu’on est une association et on aide les gens à faire ce que l’Etat est censé faire en fait. On n’est pas des ennemis. Alors qu’ici, on a une relation conflictuelle alors que ça ne devrait pas. Les gens, ils font exprès de les mettre dans une situation séparée, pour qu’il n’y ait pas de communauté, qu’ils se retrouvent seuls et isolés. Alors qu’en Equateur, ils laissaient ces communautés se faire. Après c’est dur de comparer parce que moi je suis juste là en tant que bénévole et je vois juste les gens passer, mais je vois que c’est pas la même tension et ça me choque un peu parce que soit disant la France, pays d’accueil tout ça…

 

La dernière fois je recevais un couple de gens, c’est une Marocaine elle est en couple avec un Français et ils veulent se marier. Lui, il vit à la campagne et elle vit avec lui, mais le maire ne veut pas les marier. Ils ont le droit de se marier, il a pas le droit de leur refuser le mariage. Mais tu vois c’est un refus général qui fait qu’ils ont dix millions de bâton dans les roues et qui crée des problèmes futiles qui ne devraient pas avoir lieu. C’est un climat général en France qui fait que de partout ils auront dix mille obstacles, on a peur de l’étranger alors qu’on ne le connaît pas. Et nous, on doit être encore plus impliqués pour montrer autre chose. Parce que je pense que les gens qui savent, ils n’ont pas conscience du pouvoir qu’ils ont sur les autres et qu’on doit être là pour faire le lien avec les gens qui ne savent pas au lieu de les montrer du doigt.