Pour nos lecteurs qui vont te découvrir, peux tu te présenter ?

Saknes, Artiste et membre du groupe La Jonction.

Dénonceurs d’injustices, pense tu que l’on peu réussir a captiver un public aujourd’hui avec un discours sur un monde qui va mal ?

Bien sûr. Le rap c’est ça à la base. Il se nourrit de ce que l’on vit au quotidien et des sujets qui nous touchent. Les injustices, le mépris, les inégalités, le racisme. Après il y a plusieurs auditeurs. Des amateurs de bons sons qui kiffent bouger la tête, qui aiment les flows d’extraterrestres ou bien les grosses punchlines, d’autres qui aiment le discours, la dénonciation car ils sont politisés ou touchés par ce que l’on raconte, touchés par les émotions. Mais tous ces cas ne sont pas dissociables. Cette question je ne me la pose pas car j’ai grandi avec les différentes écoles du rap. Sur les mixtapes de l’époque, on retrouvait des artistes dont le domaine de prédilection était l’égotrip, d’autres le texte, certains rappaient la rue et faisaient du rap dit hardcore mais la culture Hip-Hop nous réunissait. Aujourd’hui ça a changé, les médias et une partie du public nous mettent dans des cases. Ils vont dire ça c’est du rap conscient, ça c’est du rap militant, celui la est alternatif…Moi je fais du rap et plusieurs thématiques y sont abordées.

Tu fais partie d’une catégorie de rappeurs que l’on peu mettre rapidement dans la case « boom bap », quel est ton avis là dessus ?

Je comprends que l’on puisse me mettre dans la case Boom Bap. J’ai peu d’apparitions en solo. On me connait via mes collaborations ou en tant qu’artiste faisant parti du groupe La Jonction qui peut renvoyer à cette image. Mais comme je te disais avant, j’aime pas les catégories et musicalement je suis ouvert. J’aime rapper sur ce genre de beat mais je suis également ouvert à d’autres sons. A partir du moment ou c’est musical et que tu restes cohérent c’est l’essentiel.

Là ou je veut en venir, c’est que en 2016, on retrouve une frontière entre le hip-hop dit old school et le rap game qui lui est très médiatiser, que pense tu de ce mauvais travail des médias ?

Tu donne la réponse dans ta question : « Ce mauvais travail des médias » et je te rejoins à 100 %.
Les plus gros médias diffusent en majorité un rap formaté. Ils ne passeront pas ta musique si tu ne réponds pas à leurs critères. Ils dictent leurs lois et toi tu fais. Enfin les faibles d’esprits font. Tu as 10 artistes qui tournent en boucle toute la journée. Ces médias se disent 1er sur le rap. OK. Moi je dis qu’ils ne sont pas légitimes. Pourquoi ? Car ils ne sont pas représentatifs de l’état du rap actuel mais d’une catégorie de rap.
Il y a pourtant des rappeurs avec des messages forts, trés connus et d’autres qui commencent à faire connaître leurs blazes avec un rap dit conscient, à l’ancienne ou hip-hop, qu’ils appellent ça comme ils veulent, qui ne sont pas diffusés alors que les chiffres de ventes sont bons, voir très bons et d’ailleurs leurs cotes de popularité sur les réseaux sociaux parle d’elles-mêmes. Ce qui prouvent encore une fois que ces médias ne représentent pas le rap mais leur rap.


Le rap a la base est une culture anti-capitaliste, c’est désormais l’inverse, comme le disent beaucoup, le rap c’était mieux avant ?

Je ne dirai pas que le rap c’était mieux avant ce serait dénigrer le travail des rappeurs qui se battent pour nous fournir du bon son. Je dirai plutôt que les médias dont je te parlais contrôlent, sélectionnent et diffusent. Ils mettent en avant un rap plutôt divertissant ou vulgaire avec de nouveaux codes et une vision capitaliste.
Mais à côté de ça rien ne nous empêche de faire des recherches. Si tu veux écouter du bon rap tu trouves. Il faut censurer les parasites. Si tu ne les regardes plus et que tu ne les écoutes plus ils n’existent plus. Quant à la vision capitaliste beaucoup l’ont c’est vrai mais elle a toujours existé. Certains rappent et te diront j’ m’en bat les couilles du rap je veux des sous ou bien encore le hip hop c’est quoi ? Mais bon c’est la société dans laquelle on vit qui veut ça. Les mensonges sur la baisse du chômage, le fossé qui continue à se creuser entre les riches et les pauvres, la baisse du pouvoir d’achat. Face à tout ça, soit tu ne penses qu’à ton propre confort quitte à tourner le dos à tes principes soit tu t’investis d’une manière ou d’une autre dans la lutte pour ne plus subir. A toi de faire le bon choix. Mais il ne faut pas être pessimiste, la roue va tourner…

Quels sont les morceaux que tu a le plus apprécier musicalement en 2016 (tous style confondu) et pourquoi ?

J’aurai pas dû de S-Crew : C’est le genre de refrain que je peux écouter en boucle.

Maitre de cérémonie de Seth Gueko : Agréable à l’écoute. Le titre est bon tout simplement.

Zone’Art’Risk – Prince : C’est un gars de La Jonction, mon groupe. Ce morceau représente le prémice et mon morceau « La Valise Ou L’Insulte » la chute. Il nous décrit bien la realité et la manière de penser des jeunes de quartier face au délaissement et à l’indifférence de ce système.

J’les ecoute plus – Ali Lacrap’s : J’aime bien l’ambiance du morceau. Il détend.

Paris Nord de Jidma : Un artiste à suivre de très près. Son morceau déchire avec Dj Venum aux platines. Bête de son.

Aprés j’pourrai t’en citer plein, la liste est trop longue…


Des projets a venir ?

Je me suis donné un objectif. Livrer au public un titre par mois sous la forme d’un clip. Mon 1er est sorti le 04 Octobre 2016. Il s’appelle « La Valise Ou L’Insulte ». Et parallèlement je pense préparer un projet solo. Pour la forme que cela prendra je ne sais pas encore. Je me concentre actuellement sur la recherche de prods et l’écriture. Quand la matière sera là j’annoncerai une sortie. Chaque chose en son temps.

Où tu te vois dans 10 ans ?

Bien Je taffe un peu dans l’événementiel à côté et je fais du développement artistique. Donc J’aimerais bien développer des projets artistiques ou culturels au Maroc ou en France. On verra d’ici la.