Je passais beaucoup de temps à me regarder dans le miroir. A inspecter chaque trait de mon visage. Je me trouvais insignifiante. Ces traits asiatiques qui n’intéressent personne.

Sujet aux moqueries comme si les asiatiques sont des extra-terrestres venus d’une galaxie très très éloignée. Ching, chang, chong. J’ai toujours eu l’impression de ne pas être née dans le bon corps. Des cheveux tout noir et raides comme des baguettes.

Les blanches, elles avaient des boucles et des reflets blonds, châtains ou roux. Moi je ressemblais toujours à la tête d’ampoule asiatique de droite ou à la tête d’ampoule asiatique de gauche. Fille ou garçon.

Et puis un jour j’ai coupé mes cheveux encore plus court que ce carré plongeant. Une coupe garçonne. Et je me suis enfin trouvée. C’était moi. J’ai mis une petite robe et je me suis dit devant le miroir « t’es pas si moche en fin de compte. Tu as 15 ans, il fait beau aujourd’hui alors souris aux gens, souris à la vie. »

Les halles de Châtelet était l’endroit où il fallait être. Et c’était là où on s’entraînait avec les copines après les cours. Mais là c’était les vacances d’été et les journées étaient plus longues.

Une voiture s’arrête derrière nous sur la rue piétonne. Un gars, grand de taille, fond littéralement sur moi et m’aborde. Il avait un charisme extraordinaire. J’étais sous son charme dès la 1ère seconde. Je n’oublierai jamais cet instant où je vivais ce qu’on appelle le coup de foudre.

Mes amies avaient des années de plus que moi j’étais cette chose insignifiante comme j’aimais me le répéter et pourtant ce gars là s’intéressait à moi.

« Salut mon nom est Mody et toi? Je m’appelle Alma.J’avais 15 ans et il en avait 22. Cinq ans plus tard je l’ai enterré. »