Je descends les marches, cuissardes aux pieds, comme si je flottais et j’arrive enfin aux toilettes de la boîte. C’est une montre d’homme que je porte. J’ai cinq minutes top chrono. Mes ongles sont impeccables et mes doigts sont remplis de bling bling. Je les enfonce quand même au fond de ma gorge et je vomis tout le whisky que j’ai payé.

Cent, deux cents, quatre cents euros, peu importe du moment que mon nom est inscrit sur la bouteille et que je sois installée au carré vip. Je ne danse jamais. J’observe la moindre attitude de chacun et je bois. Je suis toujours entourée par trois, dix mecs et je suis la seule fille au milieu d’eux, je trinque et je frappe sur la table au pull up de la dancehall.

Je chante quand la musique est bonne, le verre en l’air. J’ai 22 ans, mon nom est Alma dans les nuits parisiennes privées, huppées, hip-hop ou caïras et je gagne beaucoup d’argent en faisant toutes sortes de trafics illégaux et illicites.

Je suis respectée et je me sens comme la reine de la nuit quand tous les physios me claquent la bise et me font passer devant la queue moi et toute mon équipe.

Et quand viendra l’heure du zouk pour marquer la fin de la soirée et que tout le monde aura trouvé sa cavalière je m’eclipserai aux toilettes comme à mon habitude et je refermerai la porte derrière moi rapidement.

Le dj passera notre chanson : Flamme de Slai. Année 1998. Mon cœur se serrera toujours autant dès le 1er accord, et je pleurerais toujours autant en vomissant mon immense chagrin dans un litre de whisky coca comme chaque semaine depuis maintenant 2 ans.

Je remonte aussi fraîche qu’en début de soirée et récupère mon manteau en fourrure au vestiaire. Mon équipe me dépose en bas de mon bloc, rap français à fond qui résonne dans la cité.