En 1915, 1,5 million d’Arméniens d’Anatolie et d’Arménie occidentale sont déportés et tués. Cette année 2017 marque donc le 102e anniversaire du premier génocide du XXe siècle, commémoré partout dans le monde dans le but d’obtenir sa reconnaissance et gain de cause.

La fleur de myosotis, aussi nommée « ne m’oubliez pas/ forget-me-not », symbole de l’anniversaire centenaire du génocide utilisé en 2015

  • Les événements pour la commémoration

Ce 24 avril 2017, comme chaque année à la même date, ont lieu un peu partout dans le monde divers événements pour commémorer le génocide arménien.

A Paris, cette commémoration a lieu en deux temps. Dans un premier temps a lieu la traditionnelle veillée des jeunes. Exceptionnellement, celle ci est le 22 avril au soir et non le 23, élections présidentielles obligent.

Pour l’occasion, la place du Panthéon est investie dès 17h30 et ce jusqu’aux environs de 22h pour une série de concerts. Au programme:Emmy Liyana (The Voice, saison 6), la compagnie Troup’adour, Sarkis Najarian et d’autres encores. De la danse est également prévue avec la troupe traditionnelle arménienne Navasart ainsi qu’une table ronde pour partager et échanger autour du génocide, comprendre un peu mieux les tenants et aboutissants.

L’événement facebook –> c’est par ici!

L’autre grand moment de cette commémoration est la manifestation du 24 avril. Elle débute à 18 h devant la statue de Komitas, place du Canada en présence du président de la République, Monsieur François Hollande, pour se terminer sur les Champs Elysées, devant l’office du tourisme turc.

  • Mais pourquoi la date du 24 avril?

 Le 24 avril 1915, à Constantinople, 600 notables arméniens sont arrêtés, leurs biens confisqués. Ils sont emmenés en centre de détention où ils sont pour la plupart immédiatement assassinés. Cette rafle marque le début du génocide. Les villages sont pillés et détruits. Les arméniens mais aussi les Assyro-Chaldéens et les populations chrétiennes de la région sont déportés dans le désert syrien, vers Deir ez-Zor et installés dans des camps. Ils marchent sous la menace des soldats, sous un soleil de plomb sans eau ni vivres. Certains sont vendus comme esclaves, convertis de force à l’islam. Les 700 000 survivants à ces marches sont massacrés une fois sur place.

Au total, les deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane disparaissent.

  • Le contexte

L’empire ottoman, qui existe depuis le XVe siècle, domine au début du XXe siècle l’Anatolie. Le XIXe siècle est marqué par la montée des nationalismes et différentes guerres. L’empire recule et de nombreuses régions prennent leur indépendance: en 1830, la Grèce, entre 1878 et 1885, indépendances de la Serbie, du Monténégro et de la Roumanie….

L’empire est ébranlé économiquement et politiquement. A l’aube de la première guerre mondiale, le mouvement « Jeunes-Turcs » renverse le sultan alors au pouvoir, Abdul Hamid (1876 – 1908) et y place un triumvirat d’officiers: le Grand Vizir Talaat Pacha, Enver Pacha le ministre de la guerre et le ministre de la marine Djemal Pacha.

photographie de Talaat Pacha

Ce nouveau pouvoir mène une politique de panturquisme, imposant un nationalisme turc et une turquification forcée à toutes les nationalités de l’empire. Dans la crainte de perdre encore du territoire, celui arménien et dans le désir d’asseoir sa domination sur l’Asie mineure, la décision est prise de déporter et massacrer les Arméniens. Mais en plus des un et demi à deux millions de victimes arméniennes, il faut aussi rappeler les victimes assyriennes, yézidis, syriaques et chaldéennes.

  • Le peuple arménien aujourd’hui et l’importance de la reconnaissance du génocide

L’Arménie aujourd’hui est une république qui se situe entre la Turquie, l’Iran, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Après des années sous le joug soviétique, elle a pris son indépendance en 1991.

Le génocide est à l’origine d’une véritable saignée démographique (détruisant plus de la moitié de la population) ainsi que d’un éclatement géographique. La population mondiale arménienne est estimée à près de 11 millions de personnes mais seulement 3 millions résident dans le pays. La diaspora arménienne est très importante, notamment aux Etats-Unis (plus d’un million) ainsi qu’en France, près de 500 000 arméniens aujourd’hui.

Le territoire actuel est réduit à environ 1/10e de son territoire historique. Il couvrait l’Anatolie orientale, l’ouest du haut-plateau arménien, le nord ouest des terres iraniennes ainsi que des terres syriennes. Cette perte des territoires est accompagnée par la destruction et l’abandon de monuments importants pour l’histoire et la culture arméniennes (et pas que!) dont de nombreuses églises.

« En condamnant le précédent on aurait pu prévenir le suivant » – affiche pour le 100e anniversaire du génocide en 2015

« Qui se souvient des Arméniens? »

aurait dit Hitler. Vérité ou pas, cela reflète bien l’importance de la mémoire, non plus outragée mais partagée (cf. MIchel Marian). Ne pas oublier pour ne pas recommencer, apprendre de ses erreurs et éviter que le mal ne se reproduise.

Tout cela implique de la part du gouvernement turc mais aussi de la scène internationale une reconnaissance du massacre des Arméniens en tant que génocide.

A ce jour, seule une vingtaine de pays ont reconnu le génocide et promulgué des lois allant dans ce sens et la France en fait partie. Elle a promulgué une première censure par le Conseil Constitutionnel en 2011 puis en 2016 a été voté un amendement condamnant la banalisation et la contestation de l’ensemble des crimes de guerres et contre l’humanité car malheureusement, le combat arménien n’est pas le seul du genre.

Ce combat est un combat d’un peuple pour tous les peuples.