NewVo fait le portrait : Ben-Hur Kabengele

1- Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Ben-Hur Kabengele, j’ai 31 ans. Je suis née en République Démocratique du Congo, j’ai passé mon enfance à Kinshasa et à Lubumbashi où j’ai obtenu un Master 2 en Économie et Finance. J’ai immigré en France en 2009 pour faire un MBA en Responsabilité Sociétale d’Entreprise puis je m’y suis définitivement installé. J’ai eu la chance d’être adopté par la France, j’ai longtemps rêvé de partager sa liberté et sa culture, j’y ai trouvé l’amour et donné un sens à mes engagements.

2- D’où vient votre engagement politique ? Quels sont vos responsabilités politiques ?

Ayant grandi sous la dictature du Maréchal Mobutu, je me suis très vite posé des questions sur la liberté, l’égalité et la justice sociale. Face à l’injustice, une figure comme Etienne Tshisekedi (UDPS, parti membre de l’international socialiste), combattant de la dictature, m’a fait prendre conscience de l’obligation de s’engager pour la justice sociale.

Dans ce monde qui se mondialisait dans les années 90, des figures comme Nelson Mandela, la découverte à travers des livres et des documentaires de l’histoire de Gandhi, ont transformé ma vision du monde et de l’humain.

Né dans la francophonie, la France par son débat politique libre et par la maîtrise de la rhétorique dont faisaient preuves ses politiques est devenue le modèle idéal de démocratie à mes yeux. Dans ce combat politique j’ai très vite apprécié des figures de gauche comme François Mitterrand, Lionel Jospin et Laurent Fabius.

C’est ainsi qu’arrivé en France, je me suis tourné naturellement vers le parti socialiste.

J’aurai pu me contenter de vivre paisiblement dans cette France qui m’avait ouvert les bras mais j’ai très vite remarqué que la société était divisée. J’ai remarqué que l’ascenseur sociale était bloqué ou ne permettait pas à tout le monde d’y monter. Le clivage entre les riches, pauvres, immigrés récents et d’avant, travailleurs, chômeurs, étudiants de facultés non-prestigieuses et étudiants d’école de commerce, est très nettement visible. Le syndrome du bus est un aspect de la société que l’on peut relever. Ceci s’explique par le fait que les passagers d’un bus rempli ne souhaitent plus voir d’autres personnes y monter. Concrètement l’éventuelle fermeture des frontières, Schengen et le refus d’accepter les réfugiés sont des faits qui découlent du syndrome du bus. Je me suis dit qu’il serait donc important que je puisse m’engager pour apprendre à me battre pour la justice sociale.

Les valeurs de justice sociale prônées par le parti socialistes m’ont tout d’abord fait adhérer il y a 6 ans au Mouvement des Jeunes Socialistes puis au Parti Socialiste.

Je suis actuellement responsable du Parti Socialiste (Secrétaire de Section) au Perreux-sur-Marne dans le Val de Marne. Mon action consiste à organiser les actions militantes sur le terrain (tractages, portes à portes, etc.), mais également à animer les débats et la réflexion avec les militants (réunions de section, portes ouvertes, etc.).

3- Qu’avez-vous retenu de votre voyage récent en Israël ?

La situation dans cette région du monde anime les débats politique en France. En tant que militant, j’ai voulu aller sur le terrain pour me faire ma propre idée de la situation. A l’issue de ce voyage, je pense qu’un espoir de paix est possible, qu’une solution à deux États serait une voie raisonnable de paix, que les relations franco-israéliennes peuvent être encore plus fortes, à condition de mieux se comprendre et de faire confiance à la société civile, mais surtout d’éviter les extrêmes car les paradoxes d’Israël et de la région imposent à avoir une attitude modérée et équilibrée.

J’ai rencontré la classe politique et comme partout dans le monde la droite a gagné la bataille de l’opinion. La gauche existe et souhaite renforcer le dialogue avec l’OLP. Une classe politique qui reste ambiguë sur la question des colonies en Cisjordanie mais dont le seul but et la volonté de ne plus permettre au peuple d’Israël de revivre des instants de tribulation et de catastrophe. Tant que cette classe politique n’aura pas de gages de la part de certains pays voisins et mouvements sur la fin de la volonté de destruction de cet État, elle restera inflexible sur ses positions actuelles.

Visiter Israël m’a permis de me rendre compte de l’organisation de sa sécurité et de l’efficacité de la lutte contre le terrorisme. Tout d’abord à l’aéroport, où les contrôles se passent bien et restent dans la logique de la courtoisie et de l’acceptable. Avec notamment un checkpoint à l’entrée de l’aéroport et des chiens renifleurs, une présence policière invisible dans les villes (certainement en civil). Un sentiment de sécurité perpétuel règne de par l’organisation sécuritaire du pays.

Visiter Israël m’a permis de voir cette population diverse, une société qui fait la fête et chante « Habibi Tel Aviv » dans la rue Rothschild. Une population de diverses couleurs, religions et immigrés de partout sur la promenade entre Tel Aviv et Jaffa par exemple. Nous ne pouvons soupçonner à quel point ce pays est aussi cosmopolite.

Visiter Israël m’a permis de voir la vitalité des start-up et le dynamisme économique.

De par ce voyage, j’ai pu affirmer ma liberté d’aller où je désire sans parti pris parce qu’en tant que citoyen du monde, m’informer, voir de mes propres yeux certaines réalités est essentiel. De plus, je ne souhaite pas rentrer dans des cases et céder à la pression de ceux qui pratiquent l’indignation sélective en classant des pays sur la liste de pays fréquentables ou non dont eux seuls détiendraient exclusivement le monopole des critères de classement.

4- Que pensez-vous de la loi « Travail » ? Va-t-elle dans le bon sens ?

Je pense que la volonté du gouvernement de réformer le code du travail pour le rendre plus lisible et plus simple pour les travailleurs et les entreprises, la volonté de faire du CDI une norme est intéressante. Cependant, la communication du gouvernement n’a pas été la plus opportune avec la volonté de passer par le 49-3 évoqué lors d’une interview et la mise en avant des mesures qui vont dans le sens du patronat comme le plafonnement des indemnités aux prud’hommes.

Le fait de ne pas mettre en avant des mesures qui toucheraient les salariés a frustré beaucoup de militants de gauche et des français qui vivent parfois des licenciements abusifs. A l’état actuel il n’existe pas de loi Travail, il y a un projet de loi qui doit être discuté à l’Assemblée. Le gouvernement et sa majorité de gauche doivent clairement définir la vision et faire les choix, donné du sens à cette proposition de loi.

Pour ma part, la ligne rouge à ne pas franchir est la hiérarchie des normes. L’accord de branche ne peut s’appliquer par rapport à la loi que s’il est plus favorable au salarié. Les accords d’entreprises ne peuvent pas supplanter les accords des branches sauf pour donner plus des droits aux salariés. La société à travers la loi a le devoir de réguler les rapports entre salariés et employeurs pour éviter des drames et crises perpétuels. Si la loi travail ne garde pas la règle de la hiérarchie des normes, elle ira certainement dans le mauvais sens.